Ateliers adultes

Autoportrait en pointillés

Arbre, Piet Mondrian

En ces temps particuliers, que chacun d’entre nous vit comme les autres et pourtant de manière singulière, une invitation à s’interroger sur soi-même pour vivre le présent.

  • Qu’est ce que votre situation actuelle vous apporte d’inédit ? Est-ce bénéfique ou non ?

De quoi vous prive t-elle ? Est-ce bénéfique ou non ?

  • Vous sentez-vous plus ou moins libre ? Par rapport à quoi ?

Quel rapport avez-vous aux objets techniques ? Quelle place prennent-ils dans la vie quotidienne ? Remplacent-ils ce dont vous êtes privés ?

Quelle relation entretenez-vous avec la Nature ? Quels sentiments lui sont attachés ?

  • Comment vous situez-vous par rapport au reste de la société ? Cette place vous convient-elle ? Désirez-vous la modifier ?
  • Quel rapport au temps vivez-vous ? Est-ce un rapport renouvelé ? En quoi ?
  • Imaginez vos réponses à la sortie de crise, telle que vous l’envisagez aujourd’hui  : en quoi les transformations dans votre vie personnelle préparent-elles la vie après le confinement ? Quels changements voulez-vous susciter ? Quels bouleversements craignez-vous de subir ? Quelles peurs devez-vous affronter ? Quelles graines avez-vous semé ?
  • Quelles ressources intérieures pouvez-vous solliciter ? A quels soutiens (relations aux autres, aux animaux, aux plantes, philosophie, arts, religions, psychanalyse, pratiques méditatives…) entendez-vous recourir en ce sens ?

Pour ouvrir la réflexion, nous vous proposons ces mots de l’écrivain Jack London

N’attendez pas paresseusement que l’inspiration vienne toute seule : courez-lui après en brandissant une massue, et même si elle vous échappe vous finirez par obtenir des résultats qui ressembleront de manière frappante à ceux que l’on obtient lorsque l’on est inspiré.

Travaillez tout le temps : faites connaissance avec la terre, l’univers, la force et la matière ainsi qu’avec l’esprit qui se manifeste à travers la force et la matière, qu’il s’agisse d’un asticot ou d’une divinité. Tout ceci pour dire qu’il faut travailler, se créer une philosophie de l’existence. Peu importe que cette philosophie soit erronée, pourvu qu’on en ait une.

Jack London
Ateliers adultes, Jeudis de la philosophie

Philosopher confinés – 1

Pour soutenir vos réflexions en ces temps de retraite imposée, Philosphères vous propose des extraits de textes de philosophes. A lire en prenant son temps, voire son dictionnaire !

Baudrillard : « cette altérité absolue, c’est le virus ! »

Jean Baudrillard

Si le Sida, le terrorisme, le krach, les virus électroniques mobilisent toute l’imagination collective, c’est qu’ils sont autre chose que les épisodes d’un monde irrationnel. C’est qu’il y a en eux toute la logique
de notre système, dont ils ne sont que l’événement spectaculaire. Tous obéissent au même protocole de virulence et d’irradiation, dont le pouvoir même sur l’imagination est viral : un seul acte terroriste force à reconsidérer tout le politique à la lumière de l’hypothèse terroriste – la seule apparition, même statistiquement faible, du Sida, force à revoir tout le spectre des maladies à la lumière de l’hypothèse
immuno-défective – le moindre petit virus qui altère les mémoires du Pentagone ou qui submerge les réseaux de voeux de Noël suffit à déstabiliser potentiellement toutes les données des systèmes
d’information.

Tel est le privilège des phénomènes extrêmes, et de la catastrophe en général, entendue comme tournure anomalique des choses. L’ordre secret de la catastrophe, c’est l’affinité de tous ces processus entre eux, et leur homologie avec l’ensemble du système. C’est ça l’ordre dans le désordre : tous les phénomènes extrêmes sont cohérents entre eux, et ils le sont avec l’ensemble. Cela veut dire qu’il est
inutile d’en appeler à la rationalité du système contre ses excroissances. L’illusion d’abolir les phénomènes extrêmes est totale. Ceux-ci se feront de plus en plus extrêmes à mesure que nos systèmes
se feront plus sophistiqués. Heureusement d’ailleurs, car ils en sont la thérapie de pointe. Dans les systèmes transparents, homéostatiques ou homéofluides, il n’y a plus de stratégie du Bien contre le Mal, il n’y a plus que celle du Mal contre le Mal – la stratégie du pire. Ce n’est même pas une question de choix, nous la voyons se dérouler sous nos yeux, cette virulence homéopathique. Sida, krach, virus informatiques ne sont que la part émergée de la catastrophe, dont les neuf dixièmes s’ensevelissent dans la virtualité. La vraie catastrophe, la catastrophe absolue serait celle de l’omniprésence de tous les réseaux, d’une transparence totale de l’information dont heureusement le virus informatique nous protège. Grâce à lui, nous n’irons pas, en droite ligne, au bout de l’information et de la communication, ce qui serait la mort. Affleurement de cette transparence meurtrière, il lui sert aussi de signal d’alarme.
C’est un peu comme l’accélération d’un fluide : elle produit des turbulences et des anomalies qui en stoppent le cours, ou le dispersent. Le chaos sert de limite à ce qui sans cela irait se perdre dans le vide absolu. Ainsi les phénomènes extrêmes servent-ils, dans leur désordre secret, de prophylaxie par le chaos contre une montée aux extrêmes de l’ordre et de la transparence. C’est déjà aujourd’hui d’ailleurs, et malgré eux, le commencement de la fin d’un certain processus de pensée. De même dans le cas de la libération sexuelle : c’est déjà le commencement de la fin d’un certain processus de jouissance. Mais si la promiscuité sexuelle totale se réalisait, ce serait le sexe lui-même qui s’abolirait dans son déchaînement asexué. Ainsi pour les échanges économiques. La spéculation, comme turbulence, rend impossible l’extension totale des échanges réels. En provoquant une circulation instantanée de la valeur, en électrocutant le modèle économique, elle court-circuite aussi la catastrophe que serait la
commutation libre de tous les échanges – cette libération totale étant le véritable mouvement catastrophique de la valeur.

Devant le péril d’une apesanteur totale, d’une légèreté insoutenable de l’être, d’une promiscuité universelle, d’une linéarité des processus qui nous entraînerait dans le vide, ces tourbillons soudains que nous appelons catastrophes sont ce qui nous garde de la catastrophe. Ces anomalies, ces excentricités recréent des zones de gravitation et de densité contre la dispersion. On peut imaginer que nos sociétés sécrètent ici leur forme particulière de part maudite, à l’image de ces tribus qui purgeaient leur excédent de population par un suicide océanique – suicide homéopathique de quelques-uns qui préservait l’équilibre homéostatique de l’ensemble.

Ainsi la catastrophe peut-elle se révéler comme une stratégie bien tempérée de l’espèce, ou plutôt nos virus, nos phénomènes extrêmes, bien réels, mais localisés, permettraient de garder intacte l’énergie de
la catastrophe virtuelle, qui est le moteur de tous nos processus, en économie comme en politique, en art comme en histoire.

A l’épidémie, à la contagion, à la réaction en chaîne, à la prolifération, nous devons à la fois le pire et le meilleur. Le pire, c’est la métastase dans le cancer, le fanatisme dans la politique, la virulence dans le domaine biologique, la rumeur dans l’information. Mais au fond tout cela est aussi partie du meilleur, car le processus de la réaction en chaîne est un processus immoral, au-delà du bien et du mal, et réversible. Nous accueillons d’ailleurs le pire et le meilleur avec la même fascination.

Jean Baudrillard, La transparence du mal, essai sur les phénomènes extrêmes, Galilée, 1990

Évènements publics

Notre corps, nous-mêmes, 50 ans de luttes féministes

Un livre culte

Puberté, sexualité, maternité : au centre des combats féministes, le corps des femmes. En 1973, le livre Notre corps, nous-mêmes parait aux États-Unis, rédigé par un collectif de femmes : véritable manuel de témoignages, d’informations et de réflexion, il est adapté dans 35 langues, dont le français en 1977. Une version réactualisée vient de paraître : retrouvons les auteures qui ont participé à l’aventure éditoriale de 1977 et de 2020 !

Corps contre corps, 50 ans de luttes féministes

Notre corps, nous-mêmes est une histoire de transmission. De femmes à femmes, : la transmission d’expériences corporelles, du lien intime qui nous relie à nous-mêmes. Car le corps n’est ni objet pur, ni sujet pur. « Comment le corps qu’on a peut-il devenir le corps qu’on est ? » s’interroge la philosophe Anne Dufourmantelle. le corps est une expérience sensible sur laquelle nous avons un besoin vital de mettre des mots; C’est de quoi ce livre unique témoigne : des bienfaits de la prise de parole des femmes.

Instrumentalisé par une société de consommation qui fige les populations en catégories marketing, notre corps subit de plein fouet les vicissitudes du temps. Exhibé sous tous les angles, moqué, commenté, caché, mis en compétition, voilé, fardé, soigné, maltraité, drogué, prostitué, caressé, aimé, fantasmé, source de plaisir et de souffrances,désiré et désirant, le corps gagne à être ressenti, comme « un nœud de significations vivantes » (Merleau-Ponty), le poète Wendell Berry le compare à une œuvre d’art.

En quoi les corps féminins constituent-ils un sujet différent des corps humains tout court ? Parce qu’ils ont toujours fait figure d’anomalies ; la norme est celle du masculin. Les questions exclusivement féminines (règles, grossesse, accouchement, allaitement, cycles, ménopauses, sexualité féminine…) sont longtemps demeurées taboues. En arrière-plan, « les affaires de femmes relevaient du genre » (Illich). Prises en charge par l’autorité médicale, les femmes sont progressivement dépossédées de leur corps. pris en charge par la technologie, ils ne sont plus qu’abstractions, statistiques, courbes et pixels auxquels il faudrait se conformer.

C’est face à cette dépossession qu’il semble important de s’interroger sur ce que nous voulons transmettre, sur cette chaîne de vie qui relie les femmes depuis l’aube de l’humanité. Donner de la voix, reprendre la parole sur nos corps, sur nous-mêmes, c’est mettre des mots sur des émotions tues, sur le sentiment d’injustice, sur la joie des combats victorieux, sur l’amertume et la colère devant les crimes perpétrés, sur la formidable force qui nous anime quand nous sommes ensemble.

Rencontres à Bordeaux

Vendredi 6 mars, Université Bordeaux Montaigne (Victoire), 18h30-20h, rencontre-débat
« Corps contre corps, cinquante ans de luttes féministes » en partenariat avec Ophélie Rillon, historienne, de l’Atelier Genre (Centre Emile Durkeim & Laboratoire les Afriques dans le monde, Sciences Po Bordeaux), Liza Thalami de l’association Sexprimons-nous et les éditions Hors d’atteinte
Un rendez-vous proposé dans le cadre de la Semaine des droits des femmes, Ville de Bordeaux

20h30-22h30
Repas auberge espagnole et lectures, au Samovar, 18 rue Camille Sauvageau

Samedi 7 mars, 11 h

Rencontre à la librairie la Machine à lire avec Anne Raulin, Collectif 1977 et Marie Hermann, collectif 2020, éditrice

Machine à musique Lignerolles, 13-15 rue du Parlement Sainte Catherine- 33000 Bordeaux

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cinétoiles

« Femmes à la rue, femmes mises à nu »

ciné-débat les Invisibles

Un ciné-philo autour d’un film saisissant d’amour et d’humanité, les Invisibles, comédie française réalisée par Louis-Julien Petit (avec l’excellente Noémie Lvovsky), sortie en 2018. Cette « utopie égalitaire portée par des exclues de la vie » (Le Monde) peut nous aider à changer notre regard sur les femmes à la rue.

Projection suivie d’un débat, avec Virginie Lhérisson, (ex-directrice de la Halte 33), Mathilde Beauvois, co-directrice de la Cloche Nouvelle Aquitaine, Juliette Lautrain (chargée de développement du projet Merci Pour L’Invit’ en Gironde) et Juliette Roger du Squid. Quatre intervenantes pour quatre soutiens différents : le centre d’urgence, l’animation socio-culturelle, le réseau citoyen, le squat autonome.

Deux questions articulent le débat :

Pourquoi les femmes à la rue sont-elles invisibles ?

Parce qu’elles se cachent, se dissimulent, parce que la violence est encore plus forte contre elles que contre leurs homologues masculins. Le viol est une menace permanente. Aussi parce que certaines sont sans papiers et craignent d’être contrôlées. Beaucoup de personnes sans abri ne sont pas « reconnaissables ».

Parce qu’elles ont honte d’avoir été rejetées, exclues.

Parce que la société refuse de les voir. C’est une situation qu peut toucher tout le monde, et tout le monde préfère l’oublier.

Pourquoi les rendre visible ? Pour quelle visibilité ?

Parce qu’un regard et une parole, c’est rendre à l’autre sa dignité : le sentiment de respect témoigne du fait que chacun d’entre nous fait partie de l’humanité.

Parce qu’être à la rue c’est être isolé : rencontrer ces personnes, leur parler, faire avec elles c’est tisser du lien qui seul peut permettre de construire une vie sociale.

Parce qu’il faut se battre contre cette coupure entre exclus et inclus pour apprendre comment vivre dans une précarité de plus en plus généralisée.

Parce qu’il est nécessaire de se réapproprier l’espace public afin que la rencontre soit possible.

Parce qu’il faut révéler le scandale que constitue la mise en demeure pour les mères sans -abri de remettre leur(s) enfant(s) à l’aide sociale pour pouvoir être intégrée dans un dispositif.

9 mars 2020, 20h15, Cinéma Utopia, Place Camille Jullian, Bordeaux Tarif unique : 4,50 euros

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Ateliers enfants, cinétoiles

Ciné’philo à l’Utopia : nouvelles saisons 2020

Parce que les enfants ont besoin de réfléchir ensemble aux problématiques liées au dérèglement climatique, à la vie en société comme à la place des humains sur la terre… Dans le cadre des Juniors du développement durable, chaque saison, un film à destination des scolaires est proposé en matinée au cinéma Utopia, suivi d’un débat autour des questions écologiques, animé par l’association Philosphères. Séance réservée aux centres d’animation le mercredi matin.

Séances de PRINTEMPS 

Dilili à Paris, Michel Ocelot, animation, 1h35, 2018. Du 23 au 27 mars 2020 au matin

Dilili est une petite fille qui découvre le sublime Paris des années 1900, ses grandes figures mais aussi ses préjugés racistes et sexistes…
thématique : Cohésion sociale et solidarité

Cycle 2 et 3 avec une question choisie par les enfants :

  • Toute inégalité est-elle une injustice ?
  • Avons-nous vraiment tous les mêmes droits ?

Séances d’ETE

L’extraordinaire voyage de Marona, Anca Damian, 1h32, 2019

Marona est une chienne qui se remémore les péripéties d’une vie passée auprès de différents maîtres. (Ecoutez la réalisatrice dans la Grande table sur France Culture)

thématique : Biodiversité

Cycle 2 et 3 avec une question choisie par les enfants  :

  • Les animaux ont-ils la même vie que les humains ?
  • Pouvons-nous vivre sans les animaux ?

Une ou deux classes par séance, 4 euros par élève, gratuit pour les accompagnateurs. Débat avec Philosphères financé par Bordeaux Métropole pour les scolaires (action de sensibilisation), 30 mn.

Résa : http://www.juniorsdudd.bordeaux-metropole.fr/ juniorsdudd@bordeaux-metropole.fr

Renseignements : Association PHILOSPHERES philospheres@leflog.net 06 77 60 53 90

Ateliers enfants, Ici et là: philosopher avec les enfants

Détours d’enfance : un atelier pour ados à la Maison des Métallos

Toi qui grandis, que fais-tu de ton enfance ?

Tu grandis, tu fais comme si, tu joues comme les adultes, tu penses contre les adultes… Toi, qui grandis, que fais-tu de ton enfance ? 

En amont du spectacle Les Grands, partons à la recherche de l’enfance, celle « qui n’est pas un âge de la vie et qui ne passe pas », comme l’écrivait Jean-François Lyotard. Une expérience de pensée collective qui ne requiert aucune formation préalable mais se nourrit de l’expérience de chacun dans toute sa diversité. 

Un atelier pour ados (11-15 ans) proposé dans le cadre d’On reste à l’échelle de la vie, à la Maison des Métallos, un mois consacré au travail de Fanny de Chaillé !

08 février – 16h30 à la Maison des Métallos 94 Rue Jean-Pierre Timbaud, 75011 Paris

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Ici et là: philosopher avec les enfants

DISCRIMIN’ACTION

Un projet interculturel de médiation philosophique

En partenariat avec le Centre culturel Yavné et la Fédération musulmane de Gironde, Philosphères propose de sensibiliser des lycéens aux problématiques liées aux discriminations. D’octobre à mars, les élèves volontaires du Lycée du Mirail à Bordeaux, travailleront une fois par mois autour des questions philosophiques posées par les situations personnelles qu’ils dévoileront, dans le respect de la parole de chacun. Cet accompagnement sera enrichi par deux autres intervenants, axés sur la Communication non violente pour l’un et une approche psychologique pour l’autre.

D’avril à juin, les participants se rendront dans des classes du Collège du Mirail pour aborder avec leurs camarades les difficultés rencontrées pour cause de racisme, sexisme et toute pratique discriminatoire.

Ateliers adultes, Évènements publics, Racontez-nous

Racontez-nous !

 

LES QUARTIERS DE LA GARE
ENTRE PASSÉ, PRÉSENT ET AVENIR

Des ateliers de parole avec les habitants & Un projet éditorial

Genèse du projet

En 2018, c’est toute la métropole bordelaise qui s’ouvre en son cœur. Le quartier Saint-Jean-Belcier, dans le cadre du projet Euratlantique, est le théâtre actuel d’un bouleversement profond de ses paysages architecturaux, de son environnement mais également de sa population. D’ici 2020, le quartier s’apprête ainsi à accueillir des milliers d’actifs et de visiteurs.
A l’heure de ces mutations, il semble indispensable d’accompagner ces changements par une démarche citoyenne, philosophique, ludique, conviviale et ouverte à tous. Car pour accueillir, encore faut-il savoir ce qu’on a à offrir, encore faut-il connaître son identité, son histoire.

« On ne peut pas faire de projection sur l’avenir quand on n’a pas de mémoire. »
Myriam Revault d’Allonnes

Convaincus de la nécessité d’accompagner ces grandes mutations architecturales et sociétales par la réflexion en commun, nous proposons des ateliers à destination des habitants des quartiers Saint-Jean, Sacré-Coeur, Belcier et Carle Vernet. Les personnes âgées représentent notamment une population soucieuse de transmettre et de dialoguer autour des lieux qui leur tiennent à cœur.

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Ateliers adultes, Jeudis de la philosophie

PHILOSOPHER CONFINES – 2

La santé à l’âge des systèmes, Aperçu sur les écrits d’Ivan Illich, par Florence Louis

Ivan Illich opère une critique radicale de la société contemporaine et de ses institutions, tout au long de son œuvre. Son point de vue connaît un tournant majeur (on parle du premier et de second Illich) quand il enrichit la notion d’outil avec celle de système. S’il préconisait dans un premier temps de réoutiller la société avec des outils conviviaux, il aboutit ensuite à la conclusion que chacun n’est plus seulement l’usager d’un outil mais aussi et simultanément, un élément du système qu’il prétend utiliser. Quels éléments de réflexion nous offre t-il concernant la santé ?

Le salut ou la santé

En 1974, dans Némésis médicale, Ivan Illich prend la médecine comme exemple de service dont le développement aboutit à une efficacité contre-productive, à l’instar de l’éducation, des transports ou du logement. Dépassant un certain seuil, les services médicaux provoquent des maladies qui nécessitent le développement de ces mêmes services : la société tombe malade à force de se soigner. « Le monopole professionnel sur le savoir scientifique empêche son partage. » Ceux et celles qui détenaient des savoirs facilitant l’accouchement, les soins quotidiens, la vieillesse, etc. sont interdits de pratique.

Si Illich se félicite que son pamphlet, comme il le ne nomme lui-même, ait ramené la médecine dans le champ de la philosophie, c’est parce qu’il pointe une césure historique majeure au XIème siècle avec la réforme grégorienne : la création des universités entraîne l’interdiction de la pratique médicale aux prêtres, ce qui provoque la séparation de l’ars medendi et curandi « en tant que discipline, de la théologie, de la philosophie et du droit2 ». Dorénavant la médecine tend à relever seulement de la technique et de la science et non plus aussi du questionnement éthique sur l’homme en tant qu’individu et en tant que membre d’une collectivité. Les limites entre lesquelles il est préconisé d’affronter ou d’accueillir la douleur et la mort, disparaissent progressivement. Le facies hippocratica désignait ainsi le visage du soignant qui quittait le chevet du mourant et montrait par son expression que l’état de ce dernier était irréversible. Dans ce monde tout entier orienté par un invisible au-delà, la personne s’incarnait dans un mode de vie qui lui était propre, un bios : elle recherchait son salut et préparait l’heure de sa mort.

A l’inverse, dans ce présent diffus qui constitue l’unique dimension de notre contemporanéité, c’est la santé qui prévaut comme le plus grand bien : Illich souligne que c’est le même mot, salud, qui désigne en espagnol les notions de salut et de santé. Cette « idole qui éteint le sujet » fait l’objet d’une « liturgie sociétale » qui provoque une révolution du regard que chacun porte sur lui-même.

Du corps vécu au corps objet

Illich revient dès 1989 dans plusieurs textes, sur la thèse de Némesis médicale. Il relève un manque majeur dans son analyse, qu’il pointe à travers l’utilisation du verbe anglais to cope  : en français traduisons-le par s’adapter, s’accommoder à, en prendre son parti. Illich prône dans son premier texte la santé comme « intensité de coping » c’est-à-dire l’idée que chacun doit s’adapter aux circonstances de sa vie. Or le terme coping véhicule un imaginaire gestionnaire : on gère ses émotions, son enfant ou son couple comme sa comptabilité. S’adapter, gérer, sont des verbes qui esquivent la question de la vertu et la recherche de ce qui est bon : il suffit d’avoir de l’information, des compétences, des moyens et du calcul1 pour être efficace.

Némésis médicale participait dès lors à un changement sociétal majeur : avec l’avènement des modèles cybernétiques, l’individu perd son corps vécu, senti, au profit d’un corps analysé comme système immunitaire, sous-système d’une population globale. Ce corps dont les maux étaient mis en mots et interprétés par le médecin au cours d’une conversation entre deux humains, devient objet. L’individu est chargé d’une auto-consultation permanente, nourrie par une conscience du risque qui l’incite à penser sa santé comme « optimum cybernétique ». Chacun doit se gouverner à l’aide de chiffres. Chacun se retrouve responsable de sa propre mort, conçue comme dysfonctionnement. Pourtant, aime à rappeler Ivan Illich, citant Savonarole devant le bûcher, « nous ne sommes pas maîtres de notre mort. »

L’orphique « Connais-toi toi-même » se traduit désormais par l’injonction incessante : « vérifie comment ton système s’en tire ». Contemporaine du développement de l’industrie informatique, la notion de système immunitaire conduit à des pratiques « d’auto-algorithmisation » prévient Illich. Ce sont les résultats des examens qui dictent la thérapie à suivre parce que la médecine n’est plus « aux commandes de la biocratie » . L’industrie développe des techniques : le « froid calcul » oblige le diagnostiqué à « jouer son sort au poker ». Seuls des professionnels formés en continu aux évolutions des techniques peuvent prendre en charge les malades. Désincarnés, les patients ne sont plus des personnes uniques, soignées dans toute la complexité de leur singularité, mais des éléments numériques, des profils de risque sur des courbes de population. C’est une véritable normalisation du rapport à soi qui s’instaure.

Dès lors, comment sauver « l’art de souffrir après la perte de la culture » ?

Tuer la douleur et la mort

Les soins ainsi administrés n’ont qu’un but, double : supprimer la douleur et la mort. Devant la multiplication des moyens de maintenir les mourants en vie, Illich recommande de « prendre la décision de ne pas vous laisser prendre, mort ou vif ». Ceux qui ont dépassé l’heure de mourir se retrouvent dans un purgatoire terrestre, lieu de nulle part où aucune vie véritable n’est plus possible. Dans cette « société amortelle », si « les gens souffrent d’une incapacité à mourir », c’est parce que « la recherche de la santé » est devenue le facteur pathogène dominant. Sous couvert d’individualisme, ce sont des considérations financières qui gouvernent l’administration des traitements, et c’est finalement « le corps fiscal » qui remplace « le corps physique ».

Face à une vision du corps si abstraite, si mathématisée, étrangère à toute spiritualité, les rites funéraires, marques de notre humanité, font figure d’archaïsme. C’est toute la capacité symbolique qui disparaît : quel sens peut bien avoir une vie traduite en statistiques ? Difficile dans un tel contexte de parler de « la chair », ce verbe divin incarné qu’Illich croit, avec enthousiasme, promis à la résurrection. Or, « seule notre condition charnelle permet d’entrer en relation avec un autre que je reconnais comme mon prochain dans un rapport entièrement libre, dans une expérience entièrement sensuelle, incarnée. » Mortalité et altérité restent indissociables et fondent notre capacité à donner du sens au monde.

Ascèse et amitié

Face à la santé, Illich prônait l’askesis, une ascèse, entendue comme « fuite délibérée de la consommation quand elle prend la place de l’action conviviale. » Devant la mort, il en appelle à l’amitié : il définit l’amicus mortis comme « celui qui dit la vérité amère et reste avec vous jusqu’à la fin, inexorable, et avec son regard vous aide à reconnaître l’heure de votre mort  ».

Les réflexions que mènent Ivan Illich de 1974 à sa mort, en 2002, sont évidemment marquées par sa connaissance intime de la maladie (il vit ses dernières années avec une protubérance très douloureuse sur le visage), son refus des promesses de la médecine institutionnelle et sa foi en l’espérance chrétienne. Il incarnait cette ascèse fondée sur l’amitié jusque dans sa manière de construire sa pensée, réunissant autour de lui en séminaires de travail conviviaux celles et ceux qui l’accompagnaient dans l’extraordinaire tâche de penser la corruption du monde.

Incarnation ou distanciation

N’est-ce pas l’entièreté de ce qu’Ivan Illich annonçait que dévoile à nos contemporains, toujours candides, l’expérience du Coronavirus ? La privation de tout rapport à l’autre en tant que corps sensuel, l’expérience généralisée de la méfiance envers autrui considérée comme menace sanitaire, le monde rendu abstrait par la multiplication des écrans, au mépris de la perception sensible, le fantasme d’une mort surmontée, l’isolement de toute communauté concrète, le désarroi des familles privées de toute possibilité de soigner les malades, la solitude extrême des agonisants, le traitement hygiénique des cadavres en l’absence de toute cérémonie, le fonctionnement néo-libéral des institutions médicales fondé sur la rentabilité, la dépendance quasi totale de la majorité des humains et leur inclusion dans un système d’approvisionnement industriel, basé sur des technologies numériques invasives… L’épisode que nous vivons n’est pas un accident de l’histoire mais bien le résultat des orientations structurelles destructrices de nos sociétés : ni fortuite, ni fatale, cette évolution doit être éclairée et critiquée, si nous espérons encore la contrecarrer.

Les citations d’Ivan Illich sont extraites des ouvrages suivants :

Ivan Illich, La société amortelle, De la difficulté de mourir sa mort en 1995 (1995), La perte des sens, op.cit., p.278

Ivan Illich, Longévité posthume (Épiphanie, 1989, La perte des sens, op. cit. p. 114

Ivan Illich, Ne nous laissez pas..., op. cit. p.331

Ivan Illich et David Cayley, La corruption du meilleur engendre le pire, Paris, Acte Sud, p. 211

Ibid., p. 277

Ivan Illich, Soins médicaux pour systèmes immunitaires, 1994, La perte des sens, Fayard, p.266

Ivan Illich, Ne nous laissez pas succomber au diagnostic mais délivrez-nous des maux de la santé, op.cit. p. 330

Ivan Illich et David Cayley, La corruption du meilleur engendre le pire, Paris, Acte Sud, p. 211

Ivan Illich, Soins médicaux pour systèmes immunitaires, op. cit. p. 268

Ivan Illich, Jean-Pierre Dupuy, Némésis médicale, l’expropriation de la santé, Seuil, 1975

Ivan Illich, Ne nous laissez pas succomber au diagnostic mais délivrez-nous des maux de la santé, La perte des sens, Fayard, p.266, en ligne sur https://www.monde-diplomatique.fr/1999/03/ILLICH/2855

Ateliers adultes, Évènements publics

Henry David THOREAU, pionnier de l’écologie

Henri David Thoreau

Face au réchauffement climatique, à la pollution grandissante et au saccage de la Nature, la philosophie interroge le rapport de l’homme au monde. Après Jacques Ellul, Bernard Charbonneau et Ivan Illich, nous vous proposons d’entrer dans l’œuvre de Thoreau (1817-1862), penseur désobéissant, père de l’écologie américaine naissante et inspirateur des modes d’actions de Gandhi et Martin Luther King.Construire sa cabane pour vivre au cœur de la forêt, désobéir à un gouvernement esclavagiste, rechercher en soi la confiance comme source de l’action vertueuse: Thoreau nous aide à penser le présent, dans une perspective écologiste plus que jamais féconde.

Jeudi 27 février de 18h30 à 20h, gratuit, Terre & Océan, Aquaforum de Bègles